Un peu d'histoire

 

La légende du Château de TRÉVEL


A l'extrémité Nord du bois de Boucot, qui bien qu'appartenant à ROMANGE , est plus près de MALANGE, on remarque parmi des débris épars, couverts de broussailles et de mousse, plusieurs pans d'une muraille qui fut forte et solide autrefois et dont quelques-uns ont encore quelques mètres d'élévation. Ces ruines que le temps efface tous les jours, sont celles de l'ancien château de TRÉVEL.
Voici la transcription populaire au sujet de ce château.
A une époque qu'on ne fixe pas, mais qui très certainement appartient au moyen-âge, vivait au Mont TRÉVEL, un vieux baron, qui dans sa jeunesse avait beaucoup aimé les « bergerettes » les tournois, les jolies jambes et les chevaux gris. Après une vie toute chevaleresque, toute galante, affaibli par les fatigues et les années, Sire ROBERT avait fait abjuration de ses erreurs premières et était devenu scrupuleux et dévot. Retiré dans son féodal donjon, il ne s'occupait que du salut de son âme et se tenait toujours prêt à comparaître devant son juge souverain.
Le diable qui s'attaque de préférence aux plus faibles, rôdait sans cesse autour du Sire de TRÉVEL. Il avait beau faire, il en perdait sa malice et son temps : Le pieux chevalier bravait ses atteintes, évitait ses pièges les plus séducteurs et lui jouait même parfois de très mauvais tours. Un matin par exemple, il le surprit dans son oratoire, le plongea dans le bénitier et ne le libéra que quand il eut promis de se convertir.
Peu de jours après, l'esprit tentateur qui avait pris la figure humaine et qui se promenait pensif et mécontent à travers les bouquets d'arbres semés ça et là dans la prairie, aperçut à une des fenêtres du manoir, le dévot Sire de TRÉVEL, qui l'ayant vu, se mit aussitôt à marmotter des prières et à lui montrer les cornes.
A la vue de son ennemi, le diable se transforme subitement en un magnifique cheval gris et le museau fumant, la crinière hérissée, la queue tendue, il se met à bondir, à caracoler et à franchir l'espace, avec la rapidité de la flèche ou des vents.
Malgré son goût pour les chevaux gris, le Sire de TRÉVEL ne donne qu'un regard d'indifférence au bel animal qui déployait devant lui sa vigueur et son adresse, puis continua pieusement ses patenôtres.
Vaincu par la grâce, le diable était prêt à renoncer pour toujours à l’œuvre d'iniquité qu'il avait entreprise, lorsque l'enfer lui vint en aide.
Tout à coup, apparut sur la lisière du bois, Alice, « bergerette » de seize ans, aux formes sveltes et gracieuses, aux yeux bleus et à la bonde chevelure. Elle était vêtue d'un corset écarlate, d'un jupon court et s'avançait à pas lents, en cueillant çà et là, les pâquerettes sauvages, qui s'offraient à sa main. Parvenue jusqu'au bout du ruisseau, elle s'enfonça dans un épais massif de saules et de vernes et lorsqu'elle fut bien assurée que personne ne la voyait, elle s'assit sur un tapis de mousse, prit une de ses fleurs et l'effeuilla doucement en disant :
« Il m'aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ... »
Pendant cette occupation enfantine, elle balançait nonchalamment un de ses pieds dans de l'onde impatiente du ruisseau qui le caressait en murmurant.
A ce spectacle, le diable hennit de joie. D'un bond impétueux, il franchit le ruisseau. D'un coup de sa queue puissante, il brisa les branches de saule qui protégeaient la bergère et fit apparaître aux yeux du vieux chevalier, la plus belle jambe que la nature ait formée.
A cet aspect inattendu, la grâce abandonne le Sire de TRÉVEL et son ancien goût pour les jolies jambes se réveille aussi vif et aussi ardent qu'autrefois. Il quitte brusquement la fenêtre de son gothique donjon et accourt sur la rive opposée, pour admirer de plus près ce qu'il n'a fait qu'entrevoir.
Mais Alice que l'action du cheval mystérieux avait effrayée, avait fini, sans même avoir eu le temps de savoir par le moyen de ses pâquerettes si Alin, son fiancé l'aimait passionnément, ne l'aimait pas du tout. Le Sire ROBERT sauta le ruisseau, avec la légèreté du plus jeune pâtre de la vallée et ne voyant plus la bergère, il s'approcha de l'élégant coursier, le caressa et en son trouble extrême lui adressa ces mots :
« Aide-moi je t'en conjure, à rechercher l'objet charmant qui m'échappe au moment où je croyais le saisir pour jamais. Je veux maintenant lui consacrer ma vie toute entière. »
Le cheval semble avoir compris la prière du vieux baron. Il s'avance, s'arrête devant lui et se baisse en s'allongeant pour pouvoir être plus facilement monté. ROBERT alors le saisit à la crinière, s'élance sur sa croupe et lui presse les flancs de ses deux talons encore vigoureux.
Hélas, le Sire de TRÉVEL n'était plus en état de grâce ...
La jolie jambe dont il s'était énamouré si fort, avait effarouché la pudeur de son ange-gardien qui aussitôt avait repris son vol vers le ciel et le superbe cheval, au lieu d'obéir à son cavalier, prit alors le galop pour l'emporter par monts et par vaux, si longtemps et si loin que jamais on ne l'a revu …


Chez les grecs et les romains, la légende (ce qui doit être lu) mettait en scène un personnage ayant existé, sur un territoire donné, à un moment historique.


Bien que cette légende du Château de TREVEL fût réécrite en 1937 par un Prêtre : M. le Curé GRABY de MALANGE, elle ne relate pas la vie d'un Saint, mais elle est porteuse d'une morale : toute faute justifie un châtiment

 

Le château de TRÉVEL

Propriétaire des terres de THERVAY et de ROMANGE (notamment du bois de Balançon, l'actuel bois de Boucot) le Sire de RYE vendit à M. MATHEROT, les ruines du château de TRÉVEL, en 1701.

Où le situer ? Sur la carte de CASSINI, découvrez à l'extrémité du bois de Balançon, le moulin Rané et son plan d'eau sur la Vèze, ruisseau prenant sa source dans la SERRE. Presque en face dudit moulin, sur la rive droite du cours d'eau, se dressait le château de TRÉVEL entre le 10ème et le 13ème siècle.

Les débris ont parlé. Ce n'était pas une belle demeure comme celle située au centre du village, ni un château féodal tel celui de ROCHEFORT, accroché à une falaise, avec ses tours et son chemin de ronde. C'était une maison forte, aux murs épais d'au moins 1 mètre côté nord et aux deux rangs de fossés côté sud, d'une superficie de 25 ares ; le tout placé dans une combe, bien dissimulé par la forêt.